À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, célébrée ce 31 mai, la question du tabagisme et de ses conséquences revient une fois de plus sur le devant de la scène. Pourtant, malgré les efforts déployés, le tabagisme reste un fléau persistant, tant en Tunisie qu’à l’échelle mondiale.
Un problème de santé majeur
Fumer ou vapoter, les deux pratiques sont souvent perçues comme équivalentes en raison des effets nocifs de la nicotine, substance hautement addictive présente dans les cigarettes traditionnelles comme dans les dispositifs électroniques. Le tabagisme est responsable de millions de décès chaque année, causant des maladies cardiovasculaires, des cancers et des affections respiratoires. En Tunisie, les chiffres sont alarmants : 30 % de la population fume quotidiennement, dont 18 % sont des adolescents âgés de 15 à 17 ans. Le tabagisme féminin a également doublé en une décennie, passant de 5 % à 10 %.
Des lois inefficaces et un manque de sensibilisation
Depuis 1998, la Tunisie dispose de lois interdisant de fumer dans les espaces publics, notamment dans les établissements éducatifs et les universités. Cependant, ces mesures restent largement inappliquées, et les sanctions sont quasi inexistantes. Les campagnes de sensibilisation, bien que nécessaires, n’ont pas réussi à infléchir la courbe ascendante de la consommation de tabac. Les écoles, les administrations et même les hôpitaux continuent de donner le mauvais exemple, rendant la lutte contre le tabagisme d’autant plus difficile.
Les alternatives : solution ou nouveau piège ?
Lors d’une table ronde organisée récemment par la plateforme Med.tn, des spécialistes ont discuté des alternatives au tabac traditionnel, comme le tabac chauffé et la cigarette électronique. Le Dr Dhaker Lahidheb, cardiologue, a souligné que le tabac chauffé pourrait réduire jusqu’à 90 % des substances toxiques inhalées. Concernant la vape il a expliqué « La cigarette électronique peut servir d’outil de transition pour les fumeurs dépendants, comme c’est le cas au Royaume-Uni où elle est intégrée dans des stratégies de réduction des risques ».
Toutefois, ces alternatives ne sont pas sans danger. Anas Laouini, sexologue clinicien et psychothérapeute, met en garde contre leur promotion auprès des jeunes et des non-fumeurs. « La vape et le tabac chauffé doivent rester des options réservées aux fumeurs adultes dans le cadre d’une démarche contrôlée de sevrage », a-t-il insisté. Il a également rappelé l’efficacité des thérapies cognitive-comportementales pour aider les fumeurs à surmonter leur addiction.
Vers une mobilisation nationale
Les spécialistes s’accordent à dire que la lutte contre le tabagisme ne peut se limiter à des campagnes ponctuelles. Elle nécessite une approche globale, combinant prévention, accompagnement psychologique et politiques publiques ambitieuses. Parmi les mesures préconisées :
- Renforcer l’application des lois antitabac et instaurer des sanctions dissuasives.
- Mettre en place des programmes éducatifs dès le plus jeune âge pour prévenir l’initiation au tabac.
- Soutenir les fumeurs dans leur démarche de sevrage grâce à des solutions personnalisées et innovantes.
- Encadrer strictement la commercialisation des produits de vapotage pour éviter qu’ils ne séduisent une nouvelle génération de consommateurs.

















